Sassou Nguesso est incapable de réduire la pauvreté, malgré l’effacement de la dette du Congo

 La dette des Etats a depuis peu intégré la conscience collective.

Certains pays la subissent plus lourdement que d’autres. Pour cette raison le FMI et la Banque Mondiale avaient lancé, dès 1996, l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Trente pays africains en ont bénéficié. Par tête d’habitant ce traitement a été inégal. D’une cinquantaine de dollars, pour celui de la modeste République Centrafricaine, elle aurait dépassé les 1300 $ pour celui de la République du Congo Brazzaville.

A partir de 1997, ce dernier pays a connu des guerres civiles à répétition ( des morts et des viols entre 50.000 et 100.000) sans provoquer, ou si peu, l’indignation de la communauté internationale. Au sortir des guerres et de ses destructions, le vainqueur, Denis Sassou NGuesso, misa sur le registre de la « charité » dans le processus PPTE. L’Angola, il est vrai bien plus riche (cinq fois plus mais aussi cinq fois plus peuplé), malgré 20 années et plus d’une cruelle guerre civile, n’entra pas dans ce schéma.

Alors que le prix du pétrole commençait sa raide ascension de 15 à plus de 100 dollars, que les découvertes de gisements se faisaient de plus en plus nombreuses, il a fallu une intelligence « maligne » de banquiers d’affaires et de lobbyistes en tous genres pour ramener le pays au niveau de pauvreté adéquat. Aussi, le Congo avait des réserves à la Banque Centrale (BDEAC) qui avoisinaient les 2/3 de sa dette. Des opérateurs pétroliers avaient bénéficié de discrets cadeaux fiscaux, d’environ 10% de l’effacement, peu avant. Selon un rapport d’un Conciliateur Indépendant sur les recettes 2007 à 2009, la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC) détenait dans ses comptes plusieurs milliards de dollars au titre du « profit oil »i. Comme par miracle, aussitôt l’effacement prononcé, d’importantes réserves pétrolières étaient déclarées par Total. Mais la richesse n’était pas que pétrolière, grâce à ses mines et ses forêts, le pays apparait miraculeusement alors comme un Eldorado. Juste après l’annulation d’environ 5 milliards de dollars – dont 2,6 milliards d’euros à la charge du Contribuable français… !

Deux ans et demi après, il est difficile d’en tirer un bilan positif. Deux salons de l’armement, un français et un chinois s’étaient tenus dans la capitale en 2011. Le 04 mars dernier, l’explosion des dépôts d’armes, de munitions et d’explosifs, situés dans un quartier de la capitale, détruisait des milliers d’habitations et tuait des centaines de personnes, « officiellement ». Des milliers de morts selon toute vraisemblance. Il a fallu toute l’aide internationale, de la France et même du Maroc pour combler le scandaleux sous-équipement médico-hospitalier et répondre à l’urgence de la situation. Il n’y avait quasiment ni pansements, ni médicaments…

Que les causes en soient criminelles ou accidentelles, la bonne gouvernance aurait voulu que ces principaux stocks d’armements soient situés hors de Brazzaville. Une des conditions d’obtention du « Point d’Achèvement » du programme PPTE, feu vert à l’effacement accordé par le FMI, en est justement la « bonne gouvernance »…

La dette effacée, généreux cadeau pour partie, nous l’avons vu, du Contribuable français, le Président congolais fit également don à son propre fils, Denis Christel Sassou NGuesso, du pétrole national. « L’Héritier », un Théodorino Obiangii à la puissance10, commercialise en toute opacité la part de pétrole revenant au Congoiii. Des milliards de dollars chaque année.. L’argent de l’Etat congolais dormirait encore sur les comptes de « prête-noms » dans des paradis fiscaux… !

C’est dans ce contexte que le FMI vient de publier sa Déclaration de mission à l’issue des consultations de 2012 au titre de l’article IV, rapport encenseur, post-effacement, de la situation de ce pays. Certes le FMI ne peut s’intéresser qu’aux équilibres macro économiques et financiers mais le décalage, avec la réalité de la situation, est tel qu’il ne peut que choquer le lecteur. Le mot  » pauvreté » n’y figure qu’une seule fois. Pourtant c’est grâce à des rapports « pour le moins complaisants » que l’effacement de la dette du Congo a été obtenu, et la « Réduction de la Pauvreté » en était le principal objectif. Les 70% des Congolais, qui vivent sous le seuil de cette dernière, ne peuvent que ressentir ce rapport comme une insulte ou pour le moins pour du mépris. Ne parlons pas des 46% des enfants de moins de 5 ans qui souffrent toujours de malnutrition.

Nous sommes très loin d’en avoir obtenu « pour notre argent », celui des contribuables des pays membres du Club de Paris qui se sont prêtés à cette farce : celle du « généreux donateur roulé dans la farine par le Dictateur » ! Un méga « Télécon-françafricain » !

Les rédacteurs du rapport en question, toutefois, prennent un peu de distance par cette sibylline affirmation « il y a le difficile défi d’améliorer la gouvernance et l’état de droit », tout en ne manquant pas de conclure dans une note de bas de page «La mission remercie les autorités congolaises pour leur chaleureux accueil et leur constante collaboration ».

Nous en aurions fait autant pour beaucoup moins ! 

i Super bonus revenant à l’Etat au-delà d’un certain seuil de prix 
ii Partie émergée de l’affaire des Biens Mal Acquis 
iii Une anecdote révélatrice : « André Tarallo aurait rendu visite à Brazzaville au président congolais Denis Sassou NGuesso dans le but d’obtenir la commercialisation de brut congolais. A cette demande, le président lui aurait répondu (alors qu’il doit tout à l’ancien responsable d’ELF) : « je ne peux rien, il faut voir Kiki (Denis Christel) » »

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